Interview du Pr NAKOLENDOUSSE(suite)

 « Le mal de l’or c’est nous-mêmes »

Vous parliez tantôt de l’or. Le secteur minier Burkinabé a, en effet, connu un essor fulgurant ces dernières années. L’or, au Burkina, a supplanté le coton et en est devenu le premier produit d’exportation. Il contribue pour beaucoup au PIB sans oublier les apports du fonds minier au développement local (FMDL) au plan communautaire. Cependant, que dire des impacts environnementaux de l’exploitation minière à l’instar de l’épuisement des ressources naturelles ?

J’ai été un jour convié à une semaine économique organisée par des économistes de renom. Ils ont sorti une grande théorie selon laquelle « l’or c’est mauvais, ça ne peut pas développer un pays ». J’ai dit non ! le mal de l’or c’est nous-mêmes ! car on peut l’utiliser pour se développer, pour un développement durable. Nous avons la chance d’avoir beaucoup d’or dans notre pays. Malheureusement, ce qui manque c’est l‘organisation. Sinon, nous disposons aujourd’hui de moyens pour un développement durable, pour protéger surtout l’environnement. Mais on peut constater que l’on ne s’est pas suffisamment préparé. De plus, on se fait tourner en bourrique dès lors qu’on parle d’environnement. Si l’on continue ainsi, je crains pour notre pays dans les 20 ou 30 ans à venir parce que les effets ne se voient pas aujourd’hui et les spécialistes ne nous disent pas la vérité. Regardez ce qui se passe aujourd’hui à Poura, vous avez entendu les cris de cœur du maire ! quand la mine d’or de Poura a-t-elle été arrêtée ? c’est aujourd’hui que nous voyons les conséquences de sa période d’exploitation. Nous avons eu cette chance d’ouvrir, à l’université Joseph KI-ZERBO, un master en environnement et gestion des rejets miniers mais nous n’avons pas eu le soutien escompté. Nous avons eu la chance de visiter le Canada et nous avons pu y voir le désastre que les mines ont causé. Mais aujourd’hui le Canada a complètement changé sa politique à cet effet. Les canadiens voulaient alors nous aider à éviter des problèmes d’environnement dans les années à venir. Il faut donc nous prendre au sérieux et nous aider à former des personnes et à faire de la recherche pour montrer qu’il faut faire très attention avec l’exploitation de l’or. On doit exploiter l’or, on l’a à notre disposition et il nous rapporte de l’argent. Comme j’aime à le dire, si aujourd’hui on venait à fermer les mines, le Burkina ne pourrait pas s’en sortir. Aujourd’hui, beaucoup de commerces fonctionnent et des universités sont ouvertes grâce à l’or. Dans le budget de l’Etat, la part de l’or est très importante. Voyons le nombre de poulets  consommés quotidiennement dans les mines ; ces poulets viennent d’ailleurs. On dit que les jeunes n’ont pas d’emplois. On peut les former, les organiser à produire du bon poulet, des légumes sans être obligé de tout importer. A un moment donné, j’étais directeur des affaires académiques, certains étudiants passaient 5 ans en première année. Si l’Etat pouvait donner des moyens à ces derniers pour produire, pour servir au niveau des mines, ce serait une bonne action. Certains s’y sont lancés et sont aujourd’hui heureux, à l’aise et s’en sortent même mieux que des enseignants d’université. On alloue beaucoup d’argent aux communes. Mais, qu’est-ce que celles-ci font réellement pour leur développement ? Il faudrait des projets structurants à l’avenir. Quand vous offrez du beurre de karité à une dame au Canada, elle vous remerciera grandement car le beurre de karité est un produit très prisé. Nous avons des grandes richesses au Burkina. Les communes devraient s’en servir, lorsqu’elles reçoivent de l’argent, pour mettre en place des projets pérennes, de telle sorte que même après la fermeture des mines, les populations puissent s’en sortir et elles devraient pouvoir le faire. Au Nord, il faut développer l’élevage et un élevage intensif à partir de l’argent de l’or. Avec cet argent, il est possible d’implanter des forages, de faire des enclos, de cultiver des plantes fourragères et maintenir, de ce fait, les animaux sur place. De plus, il y a au Nord beaucoup plus d’eau souterraine que dans la zone de Gaoua du fait que le peu d’eau qui y tombe entre entièrement dans le sous-sol. Toute chose qui facilite cet élevage intensif qui va aider à développer cette région. On a ouvert les mines et il est vrai que l’Etat bénéficie de 10%. C’est une bonne chose. Toutefois, on peut oser davantage. J’aurais aimé également qu’au moins 20% des actions reviennent aux burkinabés qui les achèteront alors. Ainsi, si nous participons  aux investissements, nous aurons des dividendes et nous tirerons davantage profit des mines. Malheureusement, on se contente de dire que les investisseurs viennent prendre nos ressources. Ils investissent tout simplement et nous devons faire autant. Il est important de revisiter les lois à ce sujet et opter pour un vrai développement durable ; car il ne faudrait pas qu’après le départ des investisseurs, nous soyons à nous plaindre. Il ne faudrait pas, non plus, que des communes qui ont eu 1 milliard de francs CFA par an et pendant 5 ans ne puissent pas s’en sortir après le départ des investisseurs miniers. Je crois qu’il faut aller vite. Il est rare qu’une mine produise pendant plus de 10 ou 20 ans. Les autorités ont  l’ambition de bien faire mais je regrette qu’elles pensent avoir le temps. On n’a pourtant plus de temps mais suffisamment de compétences pour sortir une loi en une semaine. Pour une loi, on n’a pas besoin de six mois et encore moins de deux ans. On a déjà brûlé beaucoup d’étapes et je pense qu’il faut passer à la vitesse supérieure. Aujourd’hui on va prendre deux ans pour mettre une loi en place. Je dis qu’on devrait  réunir les acteurs qu’il faut, les spécialistes et les techniciens en la matière et leur demander de trouver une solution. C’est ce que je faisais du temps où j’étais au BUMIGEB. J’ai participé à l’élaboration d’une loi sur le transfert des compétences, il y a plus d’un an, mais le dossier n’est pas entré en conseil des ministres. Je regrette vraiment cette lenteur car,  quand bien même ces lois finissent par sortir, elles le sont tard et deviennent inutiles en ce moment. Pour ce qui concerne les mines, je pense qu’il faut résoudre le problème rapidement. Je ne dis pas de le faire de façon précipitée mais rapidement car les mines ne sont pas éternelles. L’or permet au Burkina de bien vivre. Des maisons, de grandes constructions foisonnent dans le pays. Si les économistes et les financiers font le point, ils verront que  70%, au minimum, provient des mines.

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