Or Suisse-Traçabilité : la transparence progresse, l’opacité persiste
La Suisse se dote enfin d’un registre numérique sur l’origine de l’or raffiné dans le pays. Saluée par les ONG, la nouvelle plateforme de l’Association suisse des métaux précieux reste toutefois largement insuffisante. Pour SWISSAID, seule une obligation légale de transparence totale permettra de lever le voile sur des chaînes d’approvisionnement encore à haut risque.
L’Association suisse des métaux précieux (ASMP) a lancé la «Swiss Precious Metal Transparency Platform,» un registre numérique inédit censé renforcer la transparence dans le secteur de l’or.
Un premier pas inédit vers la transparence
Pour la première fois en Suisse, les noms de certains fournisseurs et des mines auprès desquelles les raffineries s’approvisionnent sont rendus publics.
L’initiative marque une avancée attendue dans un pays qui concentre une part majeure du raffinage mondial de l’or. Les efforts allant dans le sens d’une meilleure traçabilité sont donc bienvenus, d’autant plus que les risques liés à l’importation d’or problématique restent élevés.
Un secteur toujours exposé à de graves risques
Les recherches menées par SWISSAID montrent en effet que l’or importé en Suisse peut encore contribuer au financement de conflits armés — notamment au Soudan ou en Ukraine — ainsi qu’à de graves violations des droits humains et à des destructions environnementales. La flambée continue du prix de l’or alimente par ailleurs une nouvelle ruée vers le métal précieux, accentuant les pressions sur les chaînes d’approvisionnement.
Dans ce contexte, l’ONG reconnaît l’utilité du registre, mais en pointe immédiatement les limites. «SWISSAID salue cette avancée vers plus de transparence, mais estime que la nouvelle plateforme ne va pas assez loin,» souligne Marc Ummel, responsable du dossier matières premières chez SWISSAID.
Des lacunes structurelles majeures
Selon l’organisation, la plateforme souffre de plusieurs faiblesses fondamentales.
D’abord, seuls les fournisseurs situés dans des «pays à haut risque» et certaines mines sont mentionnés. Or, cette définition est jugée trop restrictive. Surtout, l’or minier ne représente qu’une part minoritaire des importations suisses : en 2025, il ne comptait que pour 30 % de la valeur totale de l’or importé. Résultat : pour plus de la moitié des importations, l’identité des fournisseurs reste inconnue.
Ensuite, la plateforme ne couvre que les entreprises membres de l’ASMP. Les fournisseurs de raffineries qui n’en font pas partie, comme Valcambi — la plus grande raffinerie de Suisse, qui a quitté l’association en 2023 — n’apparaissent tout simplement pas.
Autre angle mort : les Émirats arabes unis(Eau). Véritable plaque tournante mondiale de l’or d’origine douteuse, selon une étude de SWISSAID, les Eau figurent pourtant parmi les principaux exportateurs d’or vers la Suisse. En 2025, leurs exportations ont dépassé 360 tonnes, pour une valeur de 32 milliards de francs (janvier à novembre). Aucun fournisseur basé dans ce pays n’est toutefois mentionné.
Enfin, les données sont publiées de manière agrégée, sans lien avec des raffineries spécifiques. Une approche que SWISSAID juge difficilement justifiable, alors même que plusieurs raffineries suisses — MKS PAMP, Argor-Heraeus, Metalor et PX Précinox — sont déjà tenues, en tant que membres de la LBMA, de divulguer certains noms de fournisseurs dans leurs rapports de conformité.
Une transparence déjà possible, mais pas assumée
De nombreuses informations sur le négoce de l’or sont par ailleurs déjà accessibles ailleurs. Les 33 membres du World Gold Council publient les noms des raffineries avec lesquelles ils travaillent. D’autres données figurent dans des bases spécialisées, des rapports de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (EITI) ou encore dans les publications de certaines banques centrales.
Pour SWISSAID, l’argument de la confidentialité ne tient donc plus.
Afrimag
Géo-Canal-Info