Ressources naturelles : Les pays du Golfe en force sur les mines africaines

Le 10 février 2026, le Gabon et les Émirats arabes unis ont signé trois accords stratégiques, mettant particulièrement l’accent sur le secteur minier, dont l’exploitation de gisements d’or. Quelques semaines plus tôt, du 13 au 15 janvier, le Future Minerals Forum de Riyad avait réuni chefs d’État africains et investisseurs du Golfe pour sécuriser les minerais critiques de la transition énergétique

Ces initiatives traduisent une dynamique régionale profonde, mêlant la nécessité pour l’Afrique de développer ses ressources et ses infrastructures et les ambitions de diversification économique et d’approvisionnement du Golfe.

Une poussée stratégique

L’intérêt des pays du Golfe pour l’Afrique n’est pas nouveau, mais il connaît un essor spectaculaire ces dernières années. Entre 2012 et 2022, les six États du Conseil de coopération du Golfe (GCC) ont investi plus de 121 milliards de dollars sur le continent, dont 54,9 milliards provenant des Émirats et 25,6 milliards de l’Arabie saoudite. Entre 2019 et 2023, cette dynamique s’est accélérée : plus de 110 milliards de dollars d’investissements émiratis, dont 70 milliards dirigés vers les énergies renouvelables, les infrastructures et désormais les minerais critiques.

Le secteur minier apparaît comme un vecteur majeur de cette stratégie. Pour les États du Golfe, investir dans le cuivre, le cobalt, le lithium ou l’étain n’est pas seulement un placement financier : c’est un moyen de sécuriser des flux de matières premières indispensables à leurs ambitions industrielles et à la transition énergétique mondiale. Ces minerais critiques sont en effet nécessaires aux technologies bas carbone, notamment aux batteries lithium, aux panneaux solaires, aux câbles des réseaux électriques et à la production d’hydrogène bas carbone.

Pour l’Afrique, ces capitaux comblent un déficit chronique d’investissements, alors que les flux ont reculé de 79 % sur les cinq dernières années malgré des réserves stratégiques abondantes. Ces investissements offrent aux pays africains la possibilité de développer des infrastructures essentielles, de créer de l’emploi sur toute la chaîne de valeur et de renforcer les compétences locales grâce à la formation et au transfert technologique.

Une approche complète

L’offensive minière du Golfe se traduit par des partenariats ciblés. Symbole de cette poussée : International Resources Holding (IRH), filiale du groupe International Holding Company d’Abu Dhabi, qui avait acquis en 2024 51 % de Mopani Copper Mines en Zambie pour 1,1 milliard de dollars, avec pour objectif de produire 300 000 tonnes de cuivre par an. Sur sa lancée, IRH a acquis 56 % de la mine de tin de Bisie en RDC pour 367 millions de dollars, tandis que d’autres projets visent le nickel au Burundi, l’or au Mali et en Éthiopie, ou le minerai de fer en Angola.

D’autres acteurs du Golfe suivent une logique similaire : l’Arabie saoudite, via Ma’aden et le fonds souverain Public Investment Fund, investit dans le cuivre zambien, tandis que le Qatar a acquis une part significative de Mopani et s’associe à Jubilee Metals pour traiter 260 millions de tonnes de cuivre. Cette combinaison d’investissements privés et étatiques permet aux pays du Golfe non seulement de sécuriser les matières premières, mais aussi de créer des synergies locales : les États africains récupèrent un pourcentage des revenus issus du commerce des minerais, ce qui peut soutenir budgets nationaux et programmes de développement.

Singulière, l’approche émiratie se distingue par l’intégration : ports, infrastructures logistiques et énergie sont liés aux projets miniers. AD Ports investit 250 millions de dollars pour gérer le port de Luanda en Angola, DP World opère des terminaux dans neuf pays africains, et Emirates dessert 20 destinations sur le continent, facilitant exportations, circulation des personnels et équipement. Ce modèle « de bout en bout » permet aux gouvernements africains d’assurer un meilleur contrôle sur la chaîne de valeur et de maximiser les retombées économiques locales, tout en favorisant la formation et le développement des compétences industrielles.

Risques et enjeux

Si les capitaux du Golfe apportent des solutions rapides et flexibles, ils ne sont pas sans défis. Les risques incluent la gestion de zones politiquement instables, le contrôle environnemental et la nécessité de générer des retombées durables. En RDC, la coentreprise Primera Gold, avec l’exportation certifiée d’une tonne d’or dès la première année, illustre la recherche d’un équilibre entre la rentabilité du projet et la volonté de mieux encadrer l’exploitation artisanale, de formaliser les filières et de générer des retombées économiques locales.

Pour les pays africains, cette offensive offre une opportunité unique de transformer leurs ressources en moteur de croissance industrielle, de créer des emplois qualifiés sur toute la chaîne minière, et de développer des infrastructures longtemps déficientes. Elle permet aussi de capter une part plus importante de la valeur ajoutée générée par l’exportation des minerais, en stimulant la transformation locale et la formation professionnelle.

À travers ces investissements, les Émirats et leurs voisins du Golfe imposent une logique nouvelle : l’influence ne passe plus seulement par l’aide ou la diplomatie traditionnelle, mais par le capital et l’expertise industrielle. Pour l’Afrique, le moment est stratégique : il s’agit de canaliser cette vague pour en faire un levier durable de croissance et d’industrialisation, plutôt qu’une simple dépendance aux marchés mondiaux.

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